- Introduction
- Histoire du Wilhelmus
- Mélodie
- Composition
- Texte du Wilhelmus
- La partition
1 Introduction
Composé entre 1569 et 1572, le Wilhelmus (Guillaume, en français), l'hymne national néerlandais, comprend quinze huitains. Inspiré par des chants plus anciens, cet acrostiche est dédié à Guillaume d'Orange, plus connu sous le nom de Guillaume le Taciturne, qui mena la lutte pour l'indépendance contre le roi d'Espagne Philippe II. Il semblerait que le texte original soit dû à un proscrit exilé en Allemagne et que le poète et homme politique flamand Philippe de Marnix, seigneur de Sainte-Aldegonde, ait contribué à sa version définitive.
Dans les cérémonies officielles, on chante généralement les première et sixième strophes. Dans la première, le prince d'Orange affirme sa fidélité indéfectible à sa patrie, et dans la sixième, il prie Dieu de lui donner la force nécessaire pour chasser la tyrannie. Ces deux strophes ont toujours particulièrement ému le peuple néerlandais en période d'oppression.
2 Histoire du Wilhelmus
C'est le 10 mai 1932 que les Pays-Bas ont adopté officiellement le Wilhelmus comme hymne national, un décret royal imposant son exécution dans toutes les cérémonies officielles où est joué l'hymne national.
En 1568, le prince Guillaume d'Orange, qui avait fui les Pays-Bas en 1567 en compagnie de milliers d'opposants à la domination espagnole, avait tenté en vain de libérer son pays de la tyrannie de Philippe II et des persécutions religieuses. Trois tentatives d'invasion avec l'aide de mercenaires, à partir du Saint Empire romain germanique, avaient échoué. L'auteur du Wilhelmus apporte un soutien moral à Guillaume le Taciturne, mais son texte est aussi un manifeste destiné à gagner la sympathie des souverains germaniques pour ce prince qui luttait d'égal à égal pour obtenir la liberté religieuse et ne se comportait pas comme un vassal rebelle à l'autorité de son souverain légitime, le roi d'Espagne. Dans le Wilhelmus, le prince d'Orange s’adresse au peuple néerlandais opprimé, dans la situation particulièrement difficile et dramatique où il se trouvait. Dans une harangue au ton exalté, seulement interrompue par une prière (sixième et septième strophes), le prince affirme sa loyauté et sa fermeté et expose les raisons profondes de son opposition au roi d'Espagne. Il réconforte ses partisans, tout en les appelant à la lutte et en les exhortant à obéir à Dieu. Dans ce psaume guerrier, le poète compare Guillaume d'Orange à David, qui dut fuir Saül, le premier roi d'Israël, avant de monter lui-même sur le trône. Il le recommande au peuple comme le chef désigné de la lutte contre le roi d'Espagne Philippe II.
Avant son adoption comme hymne national, le Wilhelmus avait déjà été exécuté à maintes reprises lors de cérémonies officielles ou d'événements importants, notamment à l'occasion du siège de Haarlem, en 1573, de l'entrée du prince d'Orange à Bruxelles, le 18 septembre 1578, de la visite du prince Maurice de Nassau à la ville de Breda et de son entrée à Amsterdam, en mai 1618, et de la venue de Guillaume V à Schoonhoven, en 1787, après la restauration du stathoudérat. Interdit à l'époque des patriotes, antiorangistes, l'hymne avait entre temps été rebaptisé Marche des Princes (Prinsenmars). Le 16 décembre 1792, il fut chanté en l'honneur de la naissance du futur roi Guillaume II, à l'issue de la grand-messe en l'église de Venlo. Il retentit également le 9 octobre 1794, lorsqu'après la reddition de Bois-le-Duc aux Français, la garnison de la ville se retira avec les honneurs.
Et pourtant, le Wilhelmus avait suscité un certain mécontentement lors de la création du Royaume des Pays-Bas, en 1813, au point d'être concurrencé en 1815 par un autre hymne national, choisi à la faveur d'un concours dont un poème de Hendrik Tollens était sorti vainqueur. Ce poème intitulé Wiens Neerlands Bloed (Qui a du sang néerlandais) avait été mis en musique par le compositeur J.W. Wilms. Dans le courant du XIXe siècle, le Wiens Neerlands Bloed céda progressivement la place au Wilhelmus.
Lors de la lutte entre le Nord et le Sud des Pays-Bas qui conduisit à l'indépendance de la Belgique en 1830, le Wilhelmus bénéficia d'un considérable regain d'intérêt, au point qu'il fut même joué et chanté lors de la promulgation de nouvelles lois. Il retentit également à l'occasion de l'inauguration, en 1869, du monument commémorant l'indépendance des Pays-Bas, sur la Place 1813 à La Haye, et de l'intronisation de la reine Wilhelmine en 1898. Jusqu'en 1939, les règlements de la Marine royale et de la Police nationale prescrivaient encore que les honneurs soient rendus pendant l'exécution du Wiens Neerlands Bloed et du Wilhelmus.
3 Mélodie
L'air du Wilhelmus, qui alterne des rythmes à trois et à quatre temps, s'inspire d'une chanson de soldats populaire en France vers 1569, dont l'origine remonte vraisemblablement au siège de Chartres. On en trouve mention pour la première fois dans le Deuchdelijke Solutien, publié à Anvers en 1574. La mélodie en a été reprise par le compositeur Adriaen Valerius (vers 1575-1625). Le Wilhelmus fait partie depuis 1626 d'un recueil de chants resté très célèbre aux Pays-Bas, le Gedenck-clanck de Valerius. C'est l'arrangement réalisé en 1932 par Walther Boer qui est aujourd'hui la version officielle du Wilhelmus.
4 Composition
Le Wilhelmus est composé dans le style des rhétoriqueurs du XVIe siècle, comme en témoigne l'utilisation de l'acrostiche : les initiales de chaque strophe forment le nom de Guillaume de Nassau (Willem van Nassov, en ancien néerlandais). Autre élément caractéristique de la composition : l'unité d'idée entre des strophes symétriques (1 et 15, 2 et 14, 3 et 13, etc.), convergeant vers la strophe qui constitue le cœur du poème : David dut fuir la haine de Saül, le tyran. Par la sobriété de la langue et l'émotion authentique qui s'en dégage, le Wilhelmus s'élève nettement au-dessus de la production littéraire des rhétoriqueurs.
5 Texte du Wilhelmus
Guillaume je m'appelle,
Nassau des Pays-Bas,
À la patrie fidèle
Toujours, jusqu'au trépas :
Je suis Prince d'Orange
Et reste franc sans peur :
Du Souverain d'Espagne
J'ai maintenu l'honneur.
Je crains mon Dieu, mon Maître ;
L'ayant toujours servi,
Je fus chassé pour être
Sans peuple, sans pays.
Mais le Seigneur me traite
Comme un bon instrument ;
J'attends qu'il me remette
Dans mon gouvernement.
L'épreuve vous oppresse,
Mes bons sujets tout francs ;
Mais Dieu ne vous délaisse
Jamais dans vos tournents.
Qui de l'aimer s'efforce,
L'invoque nuit et jour,
Afin que j'aie la force
De vous porter secours.
Les biens, la vie entière,
Pour vous j'ai tout risqué ;
Mes très illustres frères
Pour vous ont tout quitté ;
Adolphe offrit sa vie
En Frise, aux champ fameux ;
Son âme, en la patrie,
Attend le jour de Dieu.
Au Chef du Saint Empire
Je dois naissance et rang,
D'un Prince ayant le titre.
Comme un chrétien fervent,
Pour la parole sainte
J'ai intrépidement,
Tel un héros sans crainte,
Risqué mon nombre sang.
Ma force, ma défense,
Seigneur, est dans ton bras ;
En Toi j'ai confiance,
Ne m'abandonne pas.
Fais moi, toute ma vie,
Rester ton serviteur,
Chasser la tyrannie,
Qui m'a percé le cœur.
Emporte tous les pièges
Mon Dieu, garde et protège
Ton digne serviteur.
Que nul jamais n'atteigne
Ses criminelles fins,
Que nul jamais ne baigne
Dans son sang pur les mains.
David dut fuir la haine
De Saül, le tyran.
J'ai dû gémir en peine
Avec maint noble et grand.
Mais Dieu fit sa victoire,
De tous maux le sauva ;
Au trône de la gloire
Israël l'éleva.
Enfin, l'épreuve amère
Fondra dans la douceur,
Qu'un noble Prince espère
De Dieu, son vrai Seigneur.
Puissé-je voir ma vie
Finir au champ d'honneur,
Toujours dans la patrie
Être un héros vainqueur.
Non, rien ne m'est contraire,
Dans mes malheurs et croix,
Autant que la misère
Des bons Pays du Roi.
Les Espagnols t'oppressent,
Ô noble et doux pays.
Ces souvenirs me laissent
Le c ur saignant, meurtri.
Ardents sur nos montures,
Beau prince et grands soldats,
Du fir tyran parjure
Nous voulions le combat.
Mais sous Maestricht l'alarme
Le retenait au camp.
Mes cavaliers en armes
Hardis foulaient ces champs.
Si Dieu puissant et sage
L'avait alors voulu,
J'aurais chassé l'orage
Qui vous tient abattus ;
Mais le Seigneur céleste,
Qui tout règle et conduit,
Qu'il faut bénir sans cesse,
Lors ne l'a point permis.
Si chrétienne et vaillante
Fut ma princière ardeur,
Qu'elle est restée constante
Malgré tous les malheurs.
Je prie avec instance
Mon Dieu, d'un c ur aimant,
Qu'il prenne ma défense,
Me proclame innocent.
Adieu, troupeau que j'aime,
Adieu pauvre oppressé.
Mais ton pasteur quand même
Te garde, dispersé.
A dieu je te confie ;
Écoute ton Sauveur ;
Chrétienne soit ta vie ;
Bientôt ici tout meurt.
Voici que je proclame
Devant le Dieu puissant ;
Je n'ai honni dans l'âme
Le Roi un seul instant.
Mais au Seigneur, mon Maître,
Suprême Majesté,
J'ai bien dû me soumettre ;
Justice m'a guidé.
6 La partition
