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Amsterdam et La Haye

Amsterdam: capitale des Pays-Bas; La Haye: siège du gouvernement.

  1. Introduction
  2. L'histoire des deux villes
  3. La Haye, centre administratif
  4. La révolte
  5. Le siècle d'or d'Amsterdam
  6. La période française (1795 - 1813)
  7. Le nouveau Royaume

1 Introduction

« Dès que possible après que le Roi a commencé à exercer l'autorité royale, il prête serment et est installé solennellement en séance publique des Le canal - de Keizersgracht États généraux réunis en une seule assemblée dans la capitale, Amsterdam [...]. » Tels sont les termes de la Constitution néerlandaise. Depuis l'intronisation de Guillaume II, en 1840, cette cérémonie s'est toujours déroulée dans la Nouvelle Église (Nieuwe Kerk) à Amsterdam. Amsterdam est la capitale des Pays-Bas, mais c'est à La Haye que réside la reine Beatrix, chef de l'État, et que siègent le gouvernement et les États généraux (le parlement néerlandais). Particulière, cette situation n'est pourtant pas unique. Ainsi le cas de la Bolivie, dont le gouvernement siège à La Paz et non à Sucre, la capitale du pays, ou encore celui de l'Allemagne, où le gouvernement siégea jusqu=en 1999 à Bonn, et non à Berlin, la capitale. Un bref survol de l'histoire des Pays-Bas permet de mieux comprendre pourquoi le gouvernement néerlandais ne siège pas dans la capitale.

Amsterdam a joué un rôle clé dans l'histoire des Pays-Bas. Favorisée par sa situation géographique, cette ville s'est affirmée comme le centre économique et culturel des Pays-Bas. Au XVIIe siècle, le « siècle d'or », elle fut même le centre économique et culturel du monde. Dès cette époque, elle était la ville phare du pays. Et aujourd'hui encore, avec deux universités, de nombreux musées (le Rijksmuseum, le Musée municipal, le musée Vincent Van Gogh), l'Orchestre royal du Concertgebouw, la Bourse des valeurs et la Banque des Pays-Bas, Amsterdam occupe sans conteste la place qui revient, dans les domaines scientifique, culturel et économique, à la plus grande ville des Pays-Bas.

L'histoire de La Haye est, elle, marquée par l'installation des autorités successives que les Pays-Bas ont connues. Lieu de résidence des comtes de Hollande, des stathouders et des souverains, La Haye est aussi la cité où se réunissaient les représentants des villes et des provinces, comme le font de nos jours encore les membres des États généraux. Dépourvue de charte communale et, par conséquent, de représentation aux niveaux provincial et national, La Haye occupait une position insignifiante sur l'échiquier politique et social. C'est justement parce que La Haye ne pouvait exercer aucune influence politique qu'elle fut choisie comme siège des états généraux des Provinces-Unies. Aujourd'hui encore, La Haye est le centre du pouvoir politique aux Pays-Bas. Au fil du temps, La Haye s'est aussi affirmée comme un centre politique international car elle n'est pas seulement la ville où réside la Reine, le siège du gouvernement et de nombreuses ambassades, mais abrite également plusieurs organisations internationales comme la Cour permanente d'arbitrage, la Cour internationale de justice, l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques, le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie et le Tribunal pénal international. L'appellation de capitale juridique du monde qu'on lui attribue parfois n'est donc pas usurpée.

2 L'histoire des deux villes

Entre 1230 et 1280, les comtes de Hollande font ériger un château sur l'emplacement de l'actuel Binnenhof. Ce qui n'est à l'origine qu'un modeste rendez-vous de chasse fut progressivement agrandi par le comte Guillaume II de Hollande, puis par son fils, Floris V, qui fit construire la salle des Chevaliers (Ridderzaal). C'est autour de ce château, sur un lieu que l'on nommera 's-Gravenhage, c'est-à-dire « la haye des comtes » (Den Haag en abrégé), que s'implante au XIVe siècle un premier établissement humain. Siège de la cour du comte de Hollande, La Haye devient une bourgade prospère où se développent même une petite industrie drapière et des brasseries.

C'est également au XIIIe siècle qu'est officiellement née la cité d'Amsterdam, à l'embouchure de l'Amstel. Elle emprunte son nom à une digue (dam en néerlandais) munie d'écluses achevée en 1275 et destinée à protéger la région contre les crues de l'Amstel. Amsterdam n'est alors qu'un petit village de pêcheurs, mais va rapidement se développer jusqu'à devenir un centre d'activités marchandes. Une expansion stimulée par l'exemption, accordée à ses habitants, des péages sur toutes les rivières du comté de Hollande, et par l'octroi, entre 1300 et 1306, d'une charte communale qui lui confère le statut de ville. C'est à cette même période que sont établies les premières routes commerciales maritimes entre Amsterdam, Hambourg et la mer Baltique ; elles seront étendues par la suite à d'autres parties du continent européen. Au XVe siècle, Amsterdam est la plus importante ville marchande de la province de Hollande.

On utilise souvent le nom de Hollande pour désigner l'ensemble des Pays-Bas. En réalité, la Hollande désigne deux provinces B la Hollande-Méridionale et la Hollande-Septentrionale B parmi les douze que comptent actuellement les Pays-Bas. Il est vrai que l'ancienne province de Hollande, qui s'étendait aussi sur une partie de l'actuelle province de Brabant-Septentrional et ne fut séparée en deux entités qu'en 1840, a longtemps été au premier plan dans l'histoire des Pays-Bas. Les villes d'Amsterdam et de La Haye se situent respectivement en Hollande-Septentrionale et Hollande-Méridionale.

3 La Haye, centre administratif

Au XIVe siècle, un centre administratif permanent commence à se mettre en place dans le comté de Hollande comme dans d'autres comtés. L'époque est révolue où le comte se déplaçait sur son territoire accompagné de ses agents administratifs. De plus, il était devenu nécessaire de réorganiser l'administration et la justice, car le comté de Hollande était passé entre-temps aux comtes de Hainault, dont les terres se situaient dans l'actuelle Belgique et qui, de ce fait, ne pouvaient être présents en permanence en Hollande. Située au centre d'un comté très étendu, La Haye, et son rendez-vous de chasse devenu château, est le lieu privilégié pour abriter la structure administrative nouvellement créée. C'est donc là que s'installe la chancellerie comtale, administration du comté, posant ainsi la première pierre d'une tradition qui veut que La Haye soit le siège du gouvernement. Au cours des deux siècles suivants, une première forme de représentation populaire se met en place avec la constitution d'états provinciaux dans l'ensemble des Pays-Bas, dont le territoire s'étendait à l'époque sur la plus grande partie de l'actuel Benelux et une partie du Nord de la France. La noblesse, le clergé et les villes sont représentés au sein de ces états. La Haye, qui ne possède pas encore le statut de ville, ne siège pas aux états de Hollande. Quant à Amsterdam, elle a certes ce statut depuis le début du XIVe siècle, mais n'est pas encore la première ville de Hollande, cette place étant alors traditionnellement attribuée à la ville possédant la charte communale la plus ancienne, en l'occurrence Dordrecht. Ce sont les représentants de ces états que réunit le duc de Bourgogne B les Pays-Bas sont passés entre-temps aux Valois de Bourgogne B pour traiter de questions importantes, en particulier lorsque l'État bourguignon a besoin d'argent. Cette réunion reçoit alors le nom d'états généraux, qui, aujourd'hui encore, est l'appellation officielle du parlement néerlandais. La première réunion des états généraux a lieu à Bruges, en 1464. À cette époque, le duc de Bourgogne ne séjourne que rarement à la Haye et délègue son pouvoir exécutif à des stathouders placés sous l'autorité centrale d'un gouverneur installé à Bruxelles. Par la suite, sous le règne des « souverains étrangers » qui succèdent aux Bourguignons, c'est-à-dire les empereurs Maximilien et Charles Quint, ainsi que le fils de ce dernier, le roi Philippe II, les stathouders des différentes provinces ne cessent de renforcer leur pouvoir exécutif. Ainsi, La Haye est donc bien le centre de décision des Pays-Bas du Nord.

4 La révolte

En 1568 éclate la rébellion contre le roi d'Espagne, Philippe II, également souverain des Pays-Bas, dont les mesures répressives à l'égard des protestants calvinistes, de plus en plus nombreux dans les provinces du Nord, et la politique centraliste et autoritaire, hostile aux libertés dont jouissaient la noblesse et les villes, ne font que cristalliser le mécontentement. Cette révolte marque le début de ce qu'il est convenu d'appeler la « guerre de quatre-vingts-ans », menée contre l'Espagne (1568-1648). Le prince Guillaume d'Orange, qui a été stathouder de Hollande, de Zélande et d'Utrecht, prend la tête de la révolte, mais face à la réticence d'une population terrorisée, le mouvement ne trouve d'abord qu'un écho limité dans les provinces de Hollande et de Zélande, et ne s'étend que plus tard aux autres provinces. Ainsi la ville d'Amsterdam, qui reste d'abord fidèle au roi d'Espagne, mais finit par rejoindre la rébellion en 1578.

Au cours de cette révolte, La Haye, qui n'est pas protégée par un mur d'enceinte, est à plusieurs reprises conquise par la rébellion et reconquise par les troupes du roi d'Espagne, ce dont la population de la ville pâtit lourdement. En 1577, le prince d'Orange décide d'installer de nouveau le pouvoir exécutif à La Haye. Dès 1585, les sept provinces de la jeune République des Provinces-Unies, constituée après la séparation des Pays-Bas du Nord en 1579, se réunissent en états généraux à La Haye. En fait, l'installation du gouvernement à La Haye résulte surtout d'une lutte d'influence entre différentes villes jalouses de leurs prérogatives. Modeste cité sur le plan politique et social, La Haye constitue le seul choix qui leur soit acceptable. Dépourvue du statut de ville, elle ne siège ni aux états provinciaux ni aux états généraux. Les villes n'ont ainsi pas à craindre que la cité où siège le gouvernement ne profite de cette situation pour s'emparer du pouvoir politique. Dans cette optique, l'histoire de La Haye est comparable à celle d'autres capitales comme Washington DC, Ottawa et Canberra.

5 Le siècle d'or d'Amsterdam

Lorsque la ville d'Anvers, principal centre d'activités commerciales d'Europe de l'Ouest, tombe aux mains des Espagnols en 1585, de nombreux marchands s'établissent à Amsterdam. La population d'Amsterdam connaît alors une croissance rapide et le commerce un essor sans précédent. Privée de son accès à la mer par le blocage de l'Escaut par les rebelles, Anvers se voit définitivement ravir par Amsterdam son rang de première métropole commerciale d'Europe.

Amsterdam devient ainsi la principale ville marchande de Hollande et de la République des Provinces-Unies, qui acquiert son indépendance avec la signature, en 1648, des traités de Westphalie (traité de Münster). La plus grande partie du commerce maritime de la République, nation marchande par excellence, est entre les mains des marchands d'Amsterdam. Les navires néerlandais sillonnent alors toutes les mers du globe. La République doit surtout sa prospérité au commerce avec les pays de la mer Baltique et du pourtour méditerranéen, et avec les territoires outre-mer lointains, comme les Indes néerlandaises (l'actuelle Indonésie). De nombreuses compagnies spécialisées dans le commerce et l'entreposage s'installent à Amsterdam, qui devient le centre de distribution de l=Europe. La ville connaît alors un tel essor que l'on a coutume de parler de « siècle d'or » pour désigner cette période où Amsterdam s'impose comme la capitale marchande du monde.

Cette prospérité économique favorise aussi l'épanouissement culturel de la ville. C'est à Amsterdam que des peintres aussi illustres que Rembrandt peignent leurs plus belles toiles et que les architectes livrent des œuvres que l'on peut encore admirer aujourd'hui. Attirés notamment par l'esprit de tolérance qui règne aux Pays-Bas B intérêt commercial oblige B, de nombreux étrangers s'établissent à Amsterdam. Pour beaucoup d'entre eux, juifs et protestants notamment, la République représente le salut face aux répressions religieuses dont ils sont victimes dans leur pays. Outre la tolérance religieuse, la censure est dans la République moins lourde que dans les pays voisins, aussi de nombreux écrivains, érudits, savants, philosophes et artistes viennent-ils s'établir aux Pays-Bas, notamment à Amsterdam. Ainsi le cas du philosophe anglais John Locke, qui s'installe à Amsterdam pour échapper aux persécutions qui l'empêchent de travailler et de publier dans son pays. Ou encore celui de Descartes, quoiqu'il semble plutôt avoir été attiré par l'existence à Amsterdam d'une société intellectuelle d'avant-garde.

L'activité commerciale connaît certes un déclin relatif au XVIIIe siècle, mais Amsterdam reste la première place financière d'Europe et le centre économique et culturel des Provinces-Unies. Ce n'est qu'au début du XIXe siècle, lorsque les guerres napoléoniennes paralysent le commerce maritime, qu'Amsterdam va perdre son hégémonie sur le commerce mondial.

6 La période française (1795 - 1813)

République depuis la fin du XVIe siècle, les Provinces-Unies conservent ce statut durant les premières années de ce que l'on appelle communément la « période française », si ce n'est qu'elles doivent abandonner le régime instauré trois siècles plus tôt au profit de la République batave, alliée de la France. En 1806 cependant, l'empereur Napoléon érige la République en royaume de Hollande et proclame son frère, Louis Bonaparte, roi de Hollande. Pour répondre au souhait de l'empereur, Louis s'installe en 1808 à Amsterdam, faisant ainsi de la ville au bord de l'Amstel, pour la première fois dans l'histoire, la capitale du pays et le siège du gouvernement. La première intention de Louis est de faire ériger un palais à Amsterdam, mais l'état des finances du Royaume, mises à mal par la récession économique et le train de vie de la Couronne, ne permet pas de réaliser un tel projet. Le siècle d'or relève bien du passé, et sous la pression des édiles d'Amsterdam, Louis doit se contenter de faire restaurer l'hôtel de ville, construit en des temps plus glorieux, pour en faire son palais. En 1806, La Haye est proclamée troisième ville du royaume et se voit ainsi enfin accorder sa charte communale. Mais la « souveraineté » de Louis n'est que de courte durée car en 1810, irrité par les libertés prises par son frère, l'empereur annexe le royaume de Hollande.

Dès 1813 cependant, face aux premiers signes d'effondrement de l'Empire, trois éminentes figures de La Haye jettent d'ores et déjà les fondements d'une autorité légitime à mettre en place après le départ des Français. Ils établissent une « administration provisoire générale » à La Haye, qui redevient ainsi le centre de décision du pays. Le 30 novembre 1813, le prince d'Orange, fils de Guillaume V, le dernier stathouder, revient d'Angleterre, où il était exilé depuis 1795, et s'installe en tant que prince souverain à La Haye.

7 Le nouveau Royaume

Au congrès de Vienne, en 1815, les grandes puissances unissent les anciennes Provinces-Unies et les anciens Pays-Bas autrichiens B c'est-à-dire les Pays-Bas et la Belgique actuels B pour former le royaume des Pays-Bas. La même année, le prince souverain, Guillaume Ier, est proclamé roi des Pays-Bas. Dans l'historiographie néerlandaise, il est aussi considéré comme le premier souverain de l'actuel royaume des Pays-Bas. Amsterdam reste la capitale du nouveau Royaume, et Bruxelles et La Haye obtiennent le statut de résidence royale. Après la sécession de la Belgique en 1830, le gouvernement néerlandais et le roi s'installent définitivement à La Haye. Amsterdam conserve son statut de capitale, et c'est aussi là que les rois sont intronisés.

Depuis 1830, La Haye n'a perdu que deux fois son statut de résidence royale. La première fois, entre 1940 et 1945, lorsque la reine Wilhelmine (1898-1948) et le gouvernement néerlandais s'exilent à Londres pendant l'occupation allemande. La seconde fois, après l'accession au trône de Juliana en 1948, lorsque la cour s'installe à Baarn, au palais Soestdijk, mais la reine conserve un palais à La Haye. C'est en 1980, après l'intronisation de la reine Beatrix, que La Haye, siège du gouvernement, redevient résidence royale.
 

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