Le Discours du Trône présente les principales orientations politiques du gouvernement pour l'année à venir. L'article 65 de la Constitution prévoit que "chaque année, le troisième mardi de septembre, ou à une date antérieure à fixer par la loi, la politique à mener par le gouvernement est exposée par le roi, ou en son nom, en séance des États généraux réunis en une seule assemblée". Le Discours du Trône n'est pas soumis à un plan fixe, et, au fil des ans, il y a eu des différences considérables tant au niveau de sa teneur que de sa longueur.
Jusqu'en 1983, le Prinsjesdag était aussi le jour de l'ouverture solennelle des États généraux. Cette ouverture solennelle a disparu en tant que telle depuis que la Constitution révisée de 1983 a porté la durée de la session parlementaire à quatre ans.
Origine du nom
À l'origine, le jour du Prince était le jour de l'anniversaire du prince stathouder Guillaume V (8 mars). C'était l'une des plus grandes fêtes populaires des Pays-Bas. À l'époque des patriotes (1787-1790), le Prinsjesdag était l'occasion de manifestations de fidélité à la famille d'Orange et c'est vraisemblablement ce qui a amené au
XIXe siècle à dénommer ainsi le jour de l'ouverture solennelle des États généraux.
Le troisième mardi
La Constitution des Pays-Bas prévoyait à l'origine que l'ouverture des États généraux ait lieu à date fixe. Dans la première moitié du XIXe siècle, l'ouverture de la session parlementaire avait lieu le premier lundi de novembre, puis le troisième lundi d'octobre. Lorsque la Constitution révisée de 1848 introduisit le principe du budget annuel, le parlement voulut disposer de plus de temps pour examiner le projet de budget. C'est pourquoi la date d'ouverture de la session parlementaire fut avancée d'un mois et fixée au mois de septembre. Toutefois, le lundi posait un problème. Il était difficile pour un grand nombre de députés résidant loin de La Haye d'être présents à temps le lundi. Afin de leur éviter de devoir voyager le dimanche, le lundi fut remplacé par le mardi, grâce à une révision de la Constitution en 1887. Même si le Prinsjesdag ne correspond plus, depuis 1983, à l'ouverture de l'année parlementaire, le troisième mardi de septembre a été maintenu dans la Constitution comme étant le jour où est prononcé le Discours du Trône.
La Salle des Chevaliers
Le Discours du Trône est prononcé dans la Salle des Chevaliers au Binnenhof à La Haye. C'est le comte de Hollande Floris V qui fit construire cette salle, en 1280, pour y exercer ses tâches gouvernementales. Toutefois, ce n'est pas toujours là que le discours du trône a été prononcé. De 1815 à 1904, le Discours fut prononcé dans la salle de réunion de la Seconde Chambre. Le trône gothique a été placé dans la Salle des Chevaliers après avoir fait l'objet d'une restauration minutieuse au début du siècle. À la charpente de la Salle des Chevaliers sont accrochés les drapeaux de toutes les provinces des Pays-Bas.
Vers midi et demi, les membres des deux chambres pénètrent dans la Salle des Chevaliers. Dans les limites des places disponibles, ils s'assoient en face du trône et dans les parties gauche et droite de la salle. Les ministres et les secrétaires d'État sont installés à gauche du trône. Derrière eux se trouvent les sièges réservés aux membres du Conseil d'État. Les parlementaires, les ministres, les secrétaires d'État et les membres du Conseil d'État prennent place dans ce que l'on appelle l'enceinte, qui est séparée du reste de la salle par une petite balustrade en bois.
Cette séparation symbolique indique que le chef de l'État est en réunion avec les membres du Parlement et du Conseil d'État. Les membres du Conseil d'État doivent leur place dans l'enceinte au fait qu'au début du XIXe siècle leur corps avait le statut de conseil de la Couronne, c'est-à-dire de principal organe assistant le chef de l'État. Bien que le caractère du conseil ait considérablement évolué depuis, il a conservé, en tant qu'organe consultatif suprême de la Couronne, sa place à l'intérieur de l'enceinte. Il ne faut pas oublier d'ailleurs que le Conseil d'État peut, aux termes de la Constitution, exercer l'autorité royale en cas de nécessité.
En dehors de la partie centrale et de la partie gauche de la salle, des places sont réservées aux membres des autres grands collèges de l'État, aux officiers généraux et aux amiraux, aux hauts magistrats, au commissaire de la Reine dans la province de Hollande-Méridionale, au bourgmestre de La Haye, ainsi qu'à de hautes personnalités et à des invités particuliers.
Peu avant treize heures, le président de la Première Chambre des États généraux, qui préside l'assemblée commune des deux chambres, ouvre la réunion. Il nomme ensuite une commission d'escorte de la Reine, constituée de membres des deux chambres.
Le trajet en carrosse d'or jusqu'au Binnenhof
À treize heures précises, la reine quitte, généralement avec son époux et quelques autres membres de la Maison royale, le palais Noordeinde, pour se rendre au Binnenhof, accompagnée par des fonctionnaires de la Cour et une escorte militaire d'honneur. La reine et son époux se rendent au Binnenhof en carrosse d'or.
Le trajet suivi jusqu'au Binnenhof a changé au fil des temps. Autrefois, le cortège royal pénétrait dans le Binnenhof par la porte des stathouders (entre le Binnenhof et le Buitenhof). À l'époque, la porte était suffisamment haute pour permettre le passage du carrosse d'or.
Mais le pavement a été remis à neuf en 1925, ce qui a rehaussé la route et empêche désormais le passage du carrosse d'or. Aussi celui-ci arrive-t-il aujourd'hui au Binnenhof par l'autre côté, longeant le Mauritshuis et empruntant deux portes successives, dont celle des grenadiers, qui ne permettent d'ailleurs que de justesse le passage du carrosse.
Devant le palais Noordeinde et au Binnenhof sont rangées des gardes d'honneur et des musiques militaires. À partir du moment où le carrosse d'or quitte le palais, des salves sont tirées toutes les minutes, signifiant à la population que le chef de l'État est en route pour la réunion des États généraux.
La cérémonie dans la Salle des Chevaliers
À l'arrivée de la reine au Binnenhof, la musique militaire postée sur le côté du perron de la Salle des Chevaliers attaque le Wilhelmus, l'hymne national néerlandais. La reine et les autres membres de la Maison royale saluent le drapeau avant de gravir les marches du perron au-dessus duquel est suspendu un dais. Il sont attendus à l'entrée de la Salle par la commission d'escorte. Le président des États généraux annonce alors l'arrivée du chef de l'État. L'assistance se lève. La reine se rend jusqu'au trône où elle prend place et donne lecture du Discours du Trône.
Lorsque la reine a terminé la lecture du discours, le président l'acclame au cri de Leve de Koningin (vive la reine), cri suivi d'un triple hourra de l'assemblée. Cette coutume remonte à 1897, année où la jeune Wilhelmine participa à la cérémonie aux côtés de sa mère, la reine Emma, régente du Royaume. L'acclamation de la reine marque la fin de la réunion commune des États généraux, qui revêt exclusivement un caractère de cérémonie, aucun débat n'ayant lieu à cette occasion. La commission d'escorte raccompagne la reine et les membres de sa Maison, après quoi le président clôt la séance. Lorsque la reine quitte la Salle des Chevaliers, le cortège s'est reformé au Binnenhof et le carrosse d'or reprend la route du palais Noordeinde.